Le musée de l’Art interdit de Barcelone est fermé, mais sa collection continue de circuler
L’exposition d’art interdit à Barcelone désignait le Museu de l’Art Prohibit, ou Musée de l’Art interdit. Ce lieu réunissait des œuvres censurées, retirées, attaquées ou empêchées d’être montrées. Installé dans la Casa Garriga Nogués, il n’est plus accessible comme musée permanent. La collection reste toutefois active, avec un projet annoncé de présentations itinérantes.
Le Museu de l’Art Prohibit : un musée pour les œuvres empêchées
Ouvert le 26 octobre 2023 à Barcelone, le Museu de l’Art Prohibit proposait une approche peu commune : les œuvres n’étaient pas regroupées par mouvement artistique, période ou nationalité, mais par les réactions qu’elles avaient suscitées. Certaines avaient été interdites ou retirées d’une exposition. D’autres avaient été dégradées, dénoncées ou placées au centre d’un conflit politique, religieux, moral ou commercial.

Le projet était porté par Tatxo Benet, collectionneur et entrepreneur catalan né à Lleida en 1957. Son intérêt pour l’art censuré s’est affirmé en 2018 avec l’acquisition de Presos Políticos en la España Contemporánea, de Santiago Sierra. Retirée d’une foire d’art à Madrid, cette œuvre a servi de point de départ à une collection réunie en cinq ans. Celle-ci comptait près de 200 œuvres, voire plus de 200 selon les présentations.
Le parcours ne réduisait pas chaque controverse à une attraction. Les œuvres étaient accompagnées de notices explicatives et d’une application de visite. Ces supports précisaient les circonstances du retrait ou de l’interdiction : décision institutionnelle, pression politique, plainte, menace, mobilisation de protestataires ou calcul commercial. Cette distinction compte, car une œuvre contestée n’est pas nécessairement censurée au sens strict.
Des artistes connus, mais surtout des histoires de censure différentes
La collection réunissait des figures de l’art moderne et contemporain comme Ai Weiwei, Pablo Picasso, Andy Warhol, Francisco de Goya, Gustav Klimt, Chuck Close, Miquel Barceló, Robert Mapplethorpe et Andres Serrano. Leur présence ne signifiait pas que leurs situations étaient comparables. Le musée montrait plutôt la diversité des mécanismes qui peuvent limiter la circulation des images et des idées.
| Artiste ou œuvre | Situation évoquée | Enjeu soulevé |
|---|---|---|
| Santiago Sierra, Presos Políticos en la España Contemporánea | Œuvre retirée d’une foire d’art en 2018 | Représentation politique et visibilité des prisonniers |
| Andres Serrano, Piss Christ (1987) | Œuvre régulièrement contestée et attaquée | Blasphème, religion et liberté artistique |
| Robert Mapplethorpe | Photographies homoérotiques des années 1970-1980 contestées | Sexualité, morale et représentation LGBT |
| Zoulikha Bouabdellah, Silence Rouge et Bleu | Œuvre retirée d’une exposition à Clichy-la-Garenne en 2015 | Religion, féminisme et interprétations symboliques |
Une censure qui ne vient pas toujours de l’État
Réduire la censure à une interdiction officielle ferait oublier une partie du sujet. Une œuvre peut disparaître d’un accrochage parce qu’un organisateur anticipe une plainte, qu’un financeur se retire, qu’un musée redoute des dégradations ou qu’une polémique médiatique devient trop coûteuse. Autocensure, retrait préventif et pression économique peuvent produire le même résultat : le public ne rencontre pas l’œuvre.
Une controverse attire souvent l’attention vers l’image jugée la plus choquante, au risque de faire oublier la décision qui l’a rendue invisible. Le musée invitait donc à déplacer la question. Au lieu de demander seulement si une œuvre offense, le visiteur devait examiner qui peut l’exposer, la retirer, la financer ou empêcher sa circulation. Cette approche permettait d’observer les rapports entre institutions, artistes, public et marché culturel.
Pourquoi le musée de Barcelone a fermé ses portes
Le musée a fonctionné moins de deux ans dans son lieu barcelonais. Sa fermeture ne résultait pas d’une interdiction de la collection, mais d’un contexte social et économique difficile. Une grève illimitée, entamée en février, a affecté l’activité du site. Des manifestations devant l’entrée ont également pu décourager une partie des visiteurs.
Le conflit était lié à la résiliation, en janvier, du contrat avec Magmacultura, l’entreprise chargée de certains services du musée. Sept travailleurs étaient concernés. Dans le même temps, le modèle économique du lieu dépendait fortement des recettes de billetterie. La baisse de fréquentation a donc pesé directement sur son équilibre. 120 000 visiteurs ont été recensés entre 2023 et 2024, tandis qu’une baisse de 75 % des revenus et de 95 % des prévisions de croissance était évoquée.
Il faut distinguer deux situations. Le site muséal de Barcelone est fermé : il ne faut donc pas prévoir de visite ni de billetterie à cette adresse sans annonce officielle. La collection, elle, n’a pas disparu. Son avenir est envisagé sous la forme d’expositions temporaires, de collaborations internationales et d’une circulation itinérante.
L’adresse historique et ce qu’il reste à voir aujourd’hui
Le Museu de l’Art Prohibit était installé à la Casa Garriga Nogués, au 250 Carrer de la Diputació, 08007 Barcelone. Ce bâtiment historique participait à l’expérience de visite. Son architecture patrimoniale accueillait des œuvres dont la présence dans l’espace public avait été fragilisée ou contestée.
Cette adresse doit désormais être considérée comme un repère historique, pas comme une garantie d’ouverture. Les horaires, tarifs et conditions d’accès diffusés pendant la période d’activité ne sont plus des informations de visite fiables. Pour un séjour à Barcelone, mieux vaut ne pas intégrer ce musée à un itinéraire sans vérifier l’annonce d’une réouverture ou d’un événement ponctuel.
Suivre une future exposition de la collection
Le projet itinérant est la piste annoncée pour revoir les œuvres. À ce stade, aucune ville, date ou institution d’accueil ne doit être considérée comme confirmée tant qu’une programmation n’est pas publiée. La démarche la plus sûre consiste à suivre les communications du Museu de l’Art Prohibit et celles des institutions culturelles susceptibles d’accueillir une exposition temporaire.
Cette évolution correspond aussi à la nature de la collection. Une exposition mobile pourrait confronter les œuvres aux débats locaux de chaque pays : liberté d’expression, mémoire politique, représentation religieuse, droits LGBT ou statut du corps dans l’espace public. L’exposition d’art interdit à Barcelone n’est donc plus un musée à visiter sur place, mais une collection qui continue de poser une question actuelle : que perd-on collectivement lorsqu’une œuvre est retirée avant d’avoir été regardée ?




